Post-Eire - Un instant anodin
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Samedi 27 Dcembre

categories Un instant anodin [23h14] Un instant anodin

/images/cacahuetes.jpgElle l'observait, adoss contre le mur, quelques mtres d'elle, en train d'avaler machinalement quelques cacahutes pour accompagner la bire bon march qu'il tenait dans l'autre main.

- Nomie ? T'en penses quoi ?

Merde, elle s'tait pourtant jur de feinter l'intrt envers son chef de service.

- Heu ... Non, mais sur le principe je suis d'accord, tenta-t-elle par rflexe en essayant de faire le lien avec la dernire phrase qu'elle avait coute.

- Tu vois, on est tous d'accord : Hugues a fait une connerie en acceptant la fusion des quipes. On va dans le mur pour boucler notre budget.

Elle avait acquiesc, son abruti de chef pouvait continuer son monologue en pensant captiver l'assistance. Franchement, hormis le petit nouveau qui buvait ses paroles comme dans un rite initiatique, elle ne voyait pas qui, parmi les 4 personnes autour d'eux, pouvait encore trouver de l'intrt dans son raisonnement. C'est tout de mme dingue qu'il ne leur foute mme pas la paix durant les rares moments de dtente entre collgues qu'offrent ces pots de fin de journe. Alors ok, le pot d'arrive de Stphanie, la dernire du service comptabilit, est un peu lger : Bires 1er prix, cacahutes, et quelques jus de fruit; mais qu'il saisisse au moins le prtexte pour leur parler d'autres choses que de ces conneries de budget qui n'intressent que lui.

Nomie s'loigna pour se rapprocher du vrai objectif de la soire : Jean-Marc. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, ce type travaillait dans la mme boite qu'elle depuis plus d'un an, elle ne l'avait pourtant remarqu que depuis la semaine dernire : Ils avaient pris l'ascenseur ensemble, changs 2 mots, mais elle avait senti un malaise qui l'avait poursuivi depuis. Il n'y avait absolument rien de rationnel l dedans, il tait l'antithse de son type d'homme, il tait plus g qu'elle (enfin elle en avait l'impression), et surtout elle s'tait promis de s'loigner de ses collgues selon le bon vieil adage : Amour et travail ne font pas bon mnage.

Et pourtant, elle tait attire par lui d'une manire compltement incontrle. Elle ne savait rien de lui, pire encore, elle avait une quasi-certitude qu'un homme comme lui ne pouvait pas vivre seul. Mais peu importe, elle ne pouvait se rsoudre l'ignorer et ne pas saisir l'opportunit rare qu'offrait ce bizutage d'arrive dans le monde professionnel de Stphanie. Elle s'tait mme surprise rechercher la page Facebook de Jean-Marc, mais sans succs, elle allait donc devoir improviser pour amorcer son approche.

Bingo, ce cher Xavier, son co-bureau, est maintenant tout proche de lui, elle a donc une raison presque valable pour se rapprocher de ce petit groupe agglutin autour du bol de cacahutes. Elle y est. Elle sourit. Elle se sent ridicule. Elle pense que tout le monde sait pourquoi elle est l. Ca y est, il l'a vu. Aucune raction. Elle est dingue. Elle se sent possde par une volont qui n'est pas la sienne, elle a une boule dans le ventre.

Plus elle reste l, plus elle se sent ridicule. Elle n'arrive plus stopper le cheminement de ses penses. Xavier s'loigne, elle reste, alors qu'elle ne connait dornavant plus personne autour d'elle. Putain, et voil maintenant qu'elle se retrouve tout proche de lui, elle arrive mme sentir son odeur. Son odeur bordel. Son parfum l'envoute de plus bel, il sent super bon. Ce n'est pas possible, il faut qu'elle tente quelque chose. Elle tente de se concentrer pour couter les conversations. Le sujet tourne autour de la crise financire, pas terrible, mais elle peut s'en sortir. Elle prpare une phrase super constructive, qui va dans le sens de la dernire intervention de Jean-Marc. Elle se lance :

- Non, mais moi je pense que ...

- Bon, moi j'y vais, ma femme m?attend. Bonne soire.

- Bonne soire ...

Jean-Marc venait de lui glacer le sang, elle feinta le sourire le plus faux qu'elle pouvait raliser, finit sa phrase, puis rentra chez elle. Elle se rassura en pensant que personne ne saura jamais comment cet instant d'une banalit affligeante pouvait avoir eu une telle intensit pour elle.


[11/01 16h10] macha :

J'ose penser qu'un jour tu écriras des nouvelles. C'est toujours un plaisir de lire ces petites histoires. Bonne année 2009.


[05/02 16h18] djo :

Kitof, encore un plaisir de te lire. A bientôt et bonne année 2009


[24/03 10h15] ob1 :

Que deviennes ceux qu'on a suivis ? Dont on a partagé la destinée, virtuellement tout du moins ? Ceux qui ont été quelque chose (un Erasmé) et qui sont devenus un autre chose (qu'on ne connait pas) ? Vers quelles aventures s'en vont-ils ? Les percevons-nous comme ils nous perçoivent ? Petite étoile filante ? Nous perçoivent-ils comme nous les percevons ? Instantanés éphémères ?
Je regarde cette photo (non je suis pas gay) et je m'interroge. Ce Christophe que l'on a suivi dans ses péripéties depuis ... 7 ans ?!?, il a dû changé. Physiquement bien sûr, mais aussi dans beaucoup d'autres choses. Quand je l'ai "connu", il partait en Irlande. J'ai vécu ses aventures, très pudiques. J'ai vibré avec lui devant la pilule brésilienne, il m'a ouvert les yeux avec la porno-réalité ...
Ainsi va la vie de personnes qui se "croisent" sur Internet. Le média a simplement facilité ces contacts tangentielles discrets (dans le sens non continus).
Bonne suite,
Olivier


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