Post-Eire - interdits
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Mardi 22 Septembre

categories Lasse de t'effleurer [00h34] Lasse de t'effleurer

/images/mp3.pngArticle 227-27 du Code pnal :
Les atteintes sexuelles sans violence, contrainte, menace ni surprise sur un mineur g de plus de quinze ans et non mancip par le mariage sont punies de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises par une personne qui abuse de l'autorit que lui confrent ses fonctions.


Il avait beau le savoir, lu en toutes lettres, a lui glace le sang. A bientt 26 ans, Guillaume enseigne au lyce Toulouse-Lautrec. La rentre n'a pourtant eu lieu que depuis trois semaines et il est compltement perdu.

En fin d'anne dernire, il l'avait bien croise dans les couloirs, cette jolie brune aux yeux verts; mais comme toutes ces jeunes filles fires de leur corps de femme tout neuf, elles n'en restaient pas moins que des enfants ses yeux.

Cette anne, fort de son sjour estival au Qubec, il avait dcid d'ajouter une dose de cohsion forte au sein de ses cours. Persuad que la philosophie ne peut se comprendre uniquement dans les livres ou dans une salle de classe, il organisait des rencontres philosophiques au caf du lyce, deux pas.

La premire semaine avait t mitige. Les lves taient mal l'aise de boire des pintes avec un prof du lyce. Puis les rencontres s'taient dtendues, un noyau dur commenait se former et l'couter avec beaucoup plus d'attention qu'en cours. Il encourageait galement les lves s'exprimer avec conviction, interagir entre eux et le tutoyer. Certains habitus du bar, qui avaient pourtant largement dpass l'ge d'tre au lyce, participaient galement aux conversations avec engouement.

Puis, doucement, en filigrane, il commena en apprendre davantage sur ces lves, sur leur vie prive, sur leur personnalit, sur leurs changes. Il apprit au dtour de quelques conversations les rapports tendus entre Dorothe et Mickal qui entretenaient une relation l'anne dernire, il su que Damien ne voulait pas rentrer chez lui parce que sa mre allait de toute manire rentrer plus tard que lui, il vit que Tristan sortait systmatiquement du bar en titubant. Puis il y avait Graldine.

Elle ne se tenait jamais bien loin de lui, toujours port de regard. Sa voix tait douce, mais avec un timbre plein d'assurance. Elle intervenait souvent bonne escient et lui parlait droit dans les yeux. C'est d'ailleurs ce regard qui avait commenc devenir pesant, ces grands yeux verts l'envahissaient de plus en plus et il en tait de plus en plus mal l'aise.

Puis il se mit la regarder. Il se surpris l'pier lorsqu'elle allait commander au bar, lui sourire pour un rien, et tout simplement la voir comme une femme attirante. Ensuite, il eut du mal trouver le sommeil : toutes ses penses se concluaient sur son visage, sur ses formes ou sur son parfum.

Durant les jours qui suivirent, il feinta l'ignorance et tenta de sauver les apparences, mais rien ne se passa comme prvu. En ralit, plus il essayait d'agir normalement, plus elle l'attirait et plus il perdait ses moyens. Au fond de lui, une force insurmontable souhaitait qu'elle sache l'effet qu'elle avait sur lui : Des mains qui s'effleurent, des sourires gns, des regards appuys, et autant de signes qui s'accumulrent, sans jamais dpasser la ligne jaune. Jusqu' hier soir.

La fin d'aprs-midi avait dbut comme prvu. Il avait rejoint une poigne d'lves au bar et il avait prvu d'aborder aujourd'hui un des sujets du bac de l'anne dernire : "Est-il absurde de dsirer l'impossible ?". Elle tait l. Il s'assit cot d'elle et prsenta le sujet. Au bout d'une heure, elle s'approcha de lui, et lui glissa l'oreille : "Est-il absurde de dsirer son enseignant ?".

Il sourit. Il ne trouva aucune rpartie rtorquer. Alors qu'il aurait habituellement balay d'un revers de main cette avance dplace, il tait paralys. Il savait qu'elle avait compris son malaise son petit sourire de fiert qu'elle abordait. Cette messe basse n'avait pas chapp aux autres lves, tout comme le petit jeu de ces dernires semaines qui alimentait les rumeurs. Quelques railleries fusrent. Il sut les faire taire avec brio et lana efficacement un nouveau dbat.

Puis vint la fin de soire. Il avait un peu forc sur les dernires pintes, et le bar commenait se vider. Graldine tait toujours l avec quelques lves, comme si elle attendait que quelque chose se passe. Pris d'un clair de lucidit, il st qu'il fallait mettre les choses au clair, il prpara son discours manichen dans sa tte et lui proposa de la raccompagner. Cela alimenterait encore un peu plus les rumeurs, mais "c'est un mal pour un bien", se dit-il.

En chemin, il se jeta l'eau :

- Tu sais que a ne va nous mener nul part ce petit jeu ?

- Je sais, mais c'est plus fort que moi. Je n'en peux plus, je n'imagine pas continuer ainsi.

- Mais tu es mineure, je peux perdre ma place et bien plus encore !

- Oui, mais je te plais non ?

Elle observait avec attention sa raction. Il s'arrta net comme pour donner de la solennit l'instant. L'clairage urbain donnait un reflet extraordinaire son visage. Elle tait belle. Avant qu'il ne puisse comprendre comment, son discours s'envola dans les mandres de son esprit, et ses lvres taient poses sur les siennes. Son parfum l'envouta, il glissa ses mains sur ses hanches et profita de ces quelques secondes comme d'un moment rare qu'il devait mmoriser sans s'attarder.

- Il vaut mieux en rester l.

- Non attends ... tu coutera a, la premire, lui dit-elle en lui glissant son lecteur MP3 dans la poche.

Il s'loigna, puis l'observa rentrer chez elle.

Il n'a pas trouv le sommeil cette nuit. Depuis plusieurs heures maintenant il repasse en boucle cette chanson, sans trouver de solution mais avec une irrsistible envie de goter l'interdit.



Et maintenant ?

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